
Florent Marchet
RIO BARIL
Western : un personnage solitaire, porteur d’une douleur lointaine, décide de revenir sur les lieux de son drame intime. Pour le meilleur. Et pour le pire.
Résumé de l’épisode précédent...
En 2004, Florent Marchet publie chez Barclay son premier album, Gargilesse. Il part en tournée et va porter ses bonnes paroles dans une soixantaine de villes, ainsi qu’au Zèbre et à la Maroquinerie à Paris.
Durant les nombreuses heures de route qui le conduisent d’une ville à une autre, Florent ne dort pas sur ses deux oreilles (pas très pratique de toute façon) : il les met au contraire à contribution et se nourrit dans la perspective d’amorcer l’écriture de son deuxième album. Elliott Smith, Belle and Sebastian, Calexico sont toujours de la partie, de même que Jean-Louis Murat, Dominique A ou encore le "performer martien" Philippe Katerine. Au fil des découvertes, de jeunes recrues entrent dans sa « famille élective » : Sufjan Stevens, Final Fantasy, Laura Veirs… Ce folk lumineux – qu’il soit porté par des cuivres, des arpèges au violon ou des ballades au banjo – commence à travailler en lui…
Escale importante durant le tournée : le festival des Correspondances de Manosque lui commande « une carte blanche littéraire ». Florent découvre un continent : la littérature qu’il aime a droit de cité sur scène… Il intègre dès lors plusieurs moments de lectures musicales à ses concerts (Laura Kasischke, Régis Jauffret, Nancy Huston, Rodrigo Garcia…).
Le 6 décembre 2005, il achève sa tournée à Vierzon non loin de son Berry natal. Il est temps pour lui d’écrire et de composer à nouveau. Songeant qu’il a fait le tour de Gargilesse et que le Maire l’a de toute façon interdit de séjour (aucune de ses chansons ne parlaient de George Sand explicitement), Florent a l’idée d’élire domicile dans une autre bourgade (mais imaginaire cette fois) : Rio Baril…
Rio Baril
Nourri par les chroniques exemplaires et parfois tragiques de nombreux villages français, Florent a envie de dépasser le « kaléidoscope » que constitue traditionnellement un album : cette fois, il veut raconter une histoire. Un album en forme de roman. Il se situera donc à Rio Baril et racontera l’itinéraire d’un même héros : soient l’enfance, la fuite vers « la vraie vie », les espoirs et les désillusions, la réalisation (ou pas) de soi, la vie à deux, l’épreuve de réalité, la déréliction… Jusqu’au fait divers, point d’orgue de l’existence pour beaucoup, cruelle minute de dérapage pour d’autres… Une sorte d’autobiographie imaginaire donc, entendons : une âpre fiction (projection) de soi, de celles que l’on découvre dans les livres et les films, et dont on se dit parfois : ça pourrait m’arriver… Pour que ça ne lui arrive pas, Florent l’écrit… Salutaire exorcisme que la création…
Il entame donc la conception de son western au bord de la mer. Aussi loin qu'il s’en souvienne, Florent a toujours eu une passion pour les westerns au sens strict (L'homme des hautes plaines, Impitoyable) et au sens large (Dogville, Mysterious Skin…). L’écrivain Arnaud Cathrine – cow-boy s’il en est – l’accompagne sur quelques titres. Ce faisant, Florent prépare son orchestre, achetant aux quatre coins du globe les instruments qu’il rêve d’entendre sur l’album : ukulélé, autoharp, banjo, Toy Organn, piano-jouet...
Au terme de plusieurs semaines d’écriture et de composition, Florent s’installe pour plusieurs mois dans le studio Las Tavennetas (situé à quelques kilomètres de Rio Baril (périphérique nord de son cerveau, puis deuxième sortie à droite) et commence l’enregistrement des premiers titres. Il retrouve Erik Arnaud qui co-réalise avec lui l’album. Bertrand Perrin, François Poggio, Frédéric Baudimant, Stephan Blaut (et ses rillettes de chevreuil) viennent bientôt compléter l'équipage. Goody – le chat – supervise les opérations, sauf quand il dort (Florent découvre que son chat est sourd à toute tentative de déstabilisation musicale…). Les arrangements cuivres et cordes que Florent a écrits seront joués par une fanfare, un quatuor à cordes et l’orchestre philharmonique de Sofia. Enfin, trois invités viennent prêter leur voix : Dominique A, Philippe Katrine et Jasmine Vegas.
Admiratif du travail de Ryan Boesch (responsable du mixage et de la réalisation des trois derniers albums de Eels), Florent et Erik partent en juin 2006 à Hollywood pour mixer avec lui l’album, dans le célèbre studio Sound Factory. Le dernier jour du mixage, ils auront même le privilège d'avoir Neil Young comme voisin. Florent se vantera par la suite d'avoir caressé son chien, on ne saura jamais si c’est vrai.
De retour en France (tout gonflé de fruits trop gras), Florent sollicite le photographe Charles Fréger – qui avait déjà habillé Gargilesse – pour réaliser le clip du premier single de l’album et tourner les images vidéo qu’il a imaginées avec Arnaud Cathrine pour la création de l’album sur scène.
Et… rideau. Celui de la scène. Qui s’ouvrira bientôt sur Rio Baril.