
Il tra?nerait sur les ?paules de
Benjamin Biolay en ce moment comme un go?t de regret. Le regret de conna?tre le secret de la pierre philosophale convertissant le plomb en or pour les autres (
Elodie Fr?g? dernier exemple en date) et de voir parall?lement cimenter, par manque de reconnaissance public sa propre carri?re, le laissant et le lestant dans un quasi-anonymat.
Sans aucune mauvaise intention de ma part, et a l'?coute de ce nouvel album, je souhaite fortement qu'il ne puisse jamais trouver le grand public. Qu'il continue de se torturer pour un petit nombre. A peine le quota n?cessaire de vente pour lui permettre de continuer ? survoler les d?bats : voil? ce qu'il faut juste lui souhaiter.
Les 2 premi?res chansons :
?Bien Avant ? et
? Douloureux Dedans ? prouve ? elles seules la mainmise experte de l'artiste sur une simple chanson de rupture. Il faut analyser sa mani?re particuli?re d'amener la chanson fran?aise ? son paroxysme. Parti d'un lyrisme alternatif, d'un envo?tement ? partir d'une boucle et de quelques rimes s?ches et crues,
Biolay cr?e un disque blessant sur lui-m?me mais attirant comme un aimant quand on se frotte ? son cot? pile ou ? sa face sombre.
Sur 57 titres ? la base, pendant plus de 2 ans de r?flexions et de remise en questions, il permet ? sa carri?re au point mort de reprendre de la v?locit?
? Dans la Merco Benz ? ou ailleurs sur les 12 titres. En compagnie de
B?n?dicte Schmitt, avec un simple clavecin et quelques cordes rappelant le classicisme d'o? il vient d'europ?en lyonnais ou parti sur les traces de l'eldorado am?ricain avec un gimmick de sir?nes tapageuses sous sa voix feutr?e, Benjamin chante
? Regarder la Lumi?re ? et ce n'est pas une renaissance, ? peine une r?demption de t?n?breux humain s'ayant cru trop t?t plus beau qu'il n'?tait. Avec l'intime conviction, que pour ce nouveau d?part le texte a pris, pour la premi?re fois, le pas sur la musique. Sa musique. Son dada. Tourment? entre
Goldfrapp et
Erik Satie, cet audacieux et fac?tieux artiste au don inn? pour le son s'est enfin mis au travail sur sa plume.
? La Chambre d'Amis ? instaure un climax litt?raire inconnu en chanson.
Simple, efficace et rapide.
Biolay a enfin accept? sa f?minit?. N'offrant plus aux autres sa part de p?tasse romantique. Peut ?tre la clef du bonheur ? Parions qu'? 70 ans quand il sortira un int?gral de ses 22 albums, on ne criera pas aux flics mais au g?nie.
Chanson / Chronique par
Pierre DERENSY