
Je dois avouer que la première fois que l’on m’a parlé de Cœur de Pirate, j’ai pensé qu’il devait s’agir d’une sorte de nouveau groupe pour pseudo-adolescent en manque de nouvelle tête. Carrément tout faux ! Cœur de Pirate est porté par Béatrice Martin, 19 ans et plus de dix années de musique derrière elle. Rien que ça.
En 2007, un peu perdue au milieu de ses aptitudes pianistiques et ne sachant qu’en faire, elle se découvre songwriter et commence à transposer ses maux en mots sur des mélodies qu’elle construit en piochant ses inspirations dans le meilleur de notre patrimoine musical.
Quelques titres postés sur son myspace plus tard, et voici que, prise sous l’aile de journalistes et blogueurs influents, la jeune québécoise au corps multi-tatoué s’affiche aux Francofolies de Montréal. Les maisons de disques présentes ne s’y trompent pas. Rapidement signée, tout aussi vite en studio avec David Brunet aux manettes, elle y enregistre son premier album éponyme, en écoule quelques dizaines de milliers de copies dans son Québec natal et n’affiche pas moins de deux millions d’écoute sur son myspace. De beaux et efficaces arguments pour venir à l’abordage du public français.
Ici, pas de fioritures, pas de subterfuge. Rien que de la belle chanson française, façon vintage-revival. Si le piano reste au centre de l’ensemble, les instruments traditionnels sont aussi très présents et apportent la profondeur nécessaire à la mise en avant du grain de voix mutin, parfois enfantin mais toujours juste de Béatrice Martin sur l’ensemble des douze perles que compose ce premier opus. Surprise, même notre Julien Doré national s’est allié à la cause de la belle, sur un duo mené de mains de maître.
Si certains doutent encore que notre patrimoine puisse se sentir menacé, ce qui est certain, c’est que dans l’actuel mouvement de la (re)découverte de notre belle chanson française, le joli bateau de Cœur de Pirate risque bien de faire chavirer les foules.
